Selon le baromètre RH 2025 de ReKrute, le marché de l’emploi au Maroc entre dans une phase de maturité: il est plus structuré, plus technologique et plus exigeant en matière de compétences. Le baromètre fait ressortir une domination nette du secteur des services. La maîtriser l’IA devient aussi un prérequis transversal dans la majorité des métiers. Les détails.
En 2025, l’analyse des données issues de la plateforme ReKrute fait ressortir plus de 71.000 postes proposés, prouvant que l’IA n’impacte pas les chiffres, mais plutôt le profil des candidats recherchés. En effet, bien que le top 10 des fonctions les plus recherchées n’a pas vraiment évolué au cours des dernières années, les compétences complémentaires évoluent elles. On recherche désormais des candidats innovants et curieux sachant utiliser l’IA mais capable d’en rester maître grâce à un sens critique continu.
Fonctions: basculement vers les métiers technologiques
En 2025, les fonctions les plus demandées sur le marché de l’emploi marocain confirment une orientation claire vers les métiers à forte valeur opérationnelle et technologique.
– Informatique / Électronique: 18% en 2025, contre 10% en 2024, confirmant l’accélération des besoins liés à la digitalisation et à l’IA.
– Métiers du call center: 10,5% en 2025, contre 22% en 2024, traduisant une évolution qualitative du secteur plutôt qu’un recul structurel.
– Gestion / Comptabilité / Finance: 8,3% en 2025, contre 5% en 2024, portée par les besoins en structuration financière et en pilotage.
– Commercial / Vente / Export: 8,4% en 2025, contre 11% en 2024, reflétant une rationalisation des forces commerciales.
– RH / Personnel / Formation: 5,6% en 2025, fonction moins représentée en 2024, traduisant une professionnalisation accrue de la fonction RH.
– Gestion de projet / Études / R&D: 5,4% en 2025, contre 5% en 2024, stable, mais stratégique dans un contexte d’innovation.
– Banque (métiers de la banque): 5,2% en 2025, contre 12% en 2024, illustrant une rationalisation des recrutements bancaires.
– Production / Qualité / Sécurité: 4,7 % en 2025, fonction absente du top 2024, traduisant une montée des exigences industrielles et normatives.
– Achats / Supply Chain: 4,1% en 2025, fonction peu visible en 2024, portée par les enjeux de résilience et d’optimisation des chaînes d’approvisionnement.
– Audit / Conseil: 3,3% en 2025, contre 5% en 2024, dans un contexte de réinternalisation de certaines expertises.
Cette répartition illustre un marché orienté expertise, où les fonctions combinant compétences techniques, digitales et managériales concentrent l’essentiel des recrutements.
Le secteur des services, premier recruteur
Sur les 12 derniers mois (2025), l’analyse des plus de 71.000 postes proposés révèle une forte concentration des recrutements dans le secteur des services.
– Services: 54,3% en 2025.
– Industrie: 21,6% en 2025.
– Distribution: 7,1% en 2025, traduisant une structuration accrue des métiers commerciaux et logistiques.
– Enseignement / Formation: 5,9% en 2025, contre 2% en 2024, en lien avec les besoins en montée en compétences et en accompagnement des transformations économiques.
– Construction: 4,8% en 2025, secteur absent dans le top 2024, reflétant une dynamique progressive des projets d’infrastructures.
– Agriculture et Mines: 3,8% en 2025, secteur absent du top 10 en 2024, traduisant une diversification sectorielle accrue.
– Tourisme: 2,1% en 2025, contre 13% en 2024, soit une baisse marquée, après une année 2024.
– Secteur public: 0,4% en 2025, contre 5% en 2024, illustrant une normalisation des recrutements administratifs après un pic conjoncturel.
Comparée à 2024, cette répartition confirme le rôle structurant des activités de services dans l’économie marocaine, tout en mettant en évidence une diversification progressive des recrutements, portée par l’industrie, la distribution, la construction et les secteurs liés aux infrastructures et à la formation.
Formation: des exigences élevées
Les recruteurs privilégient très majoritairement les profils disposant d’un niveau de formation élevé.
– Bac+5 et plus: 55% en 2025, contre une majorité déjà observée en 2024 (62% des offres), confirmant le maintien d’un haut niveau d’exigence académique.
– Bac+2 à Bac+3: 37% en 2025, traduisant une stabilité des profils intermédiaires, essentiels à l’opérationnel.
– Niveau Bac et moins: 6% en 2025, confirmant un maintient de la demande de profils peu qualifiés.
Casablanca concentre près de la moitié des opportunités
La répartition géographique des recrutements demeure fortement polarisée autour des grands pôles économiques.
– Casablanca: 48,5% en 2025, contre une domination déjà observée en 2024, confirmant son statut de principal pôle économique et d’emploi.
– Rabat: 26,2% en 2025, consolidant sa position de second pôle national.
– Marrakech: 8,6% en 2025, en progression par rapport à 2024, portée par le tourisme et les services.
– Tanger: 4,2% en 2025, confirmant son rôle industriel et logistique croissant.
Cette concentration géographique confirme la centralité de Casablanca et Rabat dans la dynamique de l’emploi, tout en mettant en évidence une progression mesurée de certaines villes régionales, notamment Marrakech et Tanger.
Perspectives 2026: l’IA transforme les pratiques RH
En cohérence avec la feuille de route nationale, les secteurs de l’offshoring / services et de l’IA / digital sont identifiés comme des leviers stratégiques pour les années à venir. La demande en talents dans ces domaines continuera de croître, portée par les investissements publics, les infrastructures, la décarbonation et l’expertise croissante des organisations.
Les données de ReKrute montrent que les métiers les plus prometteurs intégreront systématiquement une dimension IA ou technologique. La capacité à maîtriser l’IA devient un prérequis transversal dans la majorité des métiers, y compris dans des fonctions historiquement non techniques, confirmant l’ampleur de la transformation.
Cependant, l’élite reste la même, et reste encore plus rare que jamais. Comme indiqué par Lamia Lahiaoui, Senior Vice President HR, ESG & Facilities de DXC Technology Morocco: « Les talents les plus complexes à trouver sont ceux qui combinent une expertise technique pointue, une maîtrise pluri linguistique dépendamment de la nature des projets, une maturité professionnelle avérée et une capacité à interagir efficacement aux standards et niveaux d’exigence des clients locaux et internationaux. »
L’apprentissage permanent, un facteur clé
Autre tendance, l’offshoring évolue dans ses métiers et ses services et continue de recruter en masse malgré tout. Pour Fatna Abdouh, HR Director Deputy Morocco, Foundever: «Le secteur de la relation client au Maroc continue d’afficher une dynamique de croissance soutenue. Nous observons une croissance à la fois quantitative (effectifs) et qualitative (niveau de compétences). L’IA transforme déjà nos pratiques de recrutement. Elle fait également évoluer les métiers vers plus d’analyse, de pilotage et de valeur ajoutée humaine. Dans ce contexte, l’apprentissage permanent devient le véritable facteur clé pour rester compétitif sur le marché de l’emploi. »











